10000Visions

10, 000 Chroniques de Disques, Lives & autres.

Samedi 31 mars 2012 à 11:18

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Par Brieuc

Retour dans un ferrailleur où l'on se reflète dans le sol avec la sueur de la claque gigantesque prise la veille. (report à venir !) On change un peu de registre en passant du techno-death au bon vieux Stoner/Sludge qui fait du bien par où ça passe. Tâche laissée à deux groupes de chez nous, et pas n'importe qui visiblement ! Que ce soit Machete ou Drawers, disons le clairement, les deux balançaient vraiment du paté avec en prime un très bon niveau musical et une bonne présence scénique. Leur difficulté à communiquer rappelait que ce ne sont pas encore des gros groupes mais la passion est vraiment là au service d'un son bulldozer qui mettra tout le monde d'accord. Les
Machete, qui nous viennent de Montaigu Vendée (personne n'est parfait), ont livré un set qui montait franchement en puissance grâce au tempo qui montait sans cesse tout comme ses décibels avec une double voix rappelant les débuts de Kylesa, malheureusement pas assez exploitée ! Sinon très bonne prestation, des influences de très bon goût et un album s/t hyper intéressant. A suivre de près comme on dit souvent... Tout comme les toulousaings de Drawers, avec un son un peu sludgy façon Mastodon avec un chanteur à part entière le faisant pencher vers un Down. Quasi-interminables, les morceaux dtirés de leur premier skeud All is One (2011) a fait l'effet d'un rouleau compresseur, très lourd mais avec des passages classieux. En plus de ça, ils viennent de splitter avec Hangman's Chair, ont déjà ouvert pour Red Fang ou Kylesa et sont dotés d'un artwork très sympa. Assez prometteur!


Il est temps d'allumer le rétro-projecteur pour faire lumière à Monkey3. La machine psychédélique est en marche, entre Karma To Burn et Pink Floyd, les suisses démarrent leur Stoner Prog/Psyché (que je me passe en boucle depuis deux bonnes années) noyés dans des géniaux jeux de lumières touchant au stroboscopes et au motifs traditionnels ainsi que de fumées en provenance d'origines diverses. Parce qu'un truc qui frappe dès que les quatre gars arrivent, c'est de voir à quel point ils sont défoncés ! Picasso à la basse est blanc comme un linge les yeux montés au ciel, Boris sur sa gratte avec un grand sourire et des orbites qui ont décollé et enfin Walter lui même hypnotisé par les tonalités qu'il produit sur sa batterie pour nous refaire Mason sur le
Live At Pompéi. Je pensais Mister M. plutôt clean pour se concentrer sur ses modulateurs et claviers, mais finalement il était le seul à s'allumer un grand zdar pendant la prestation... et à récidiver quelques morceaux plus tard. Enfin bref il était quand même incroyable de voir à quel point le groupe était concentré et passionné par la musique qu'il produisait. Et mon dieu qu'ils ont raison de méditer à ce point leurs jams démentiels... La musique de Monkey3 ne se décrit pas par des mots, elle se vit ! Car non seulement d'être tantôt planante puis puissante, voire les deux en même temps, le groupe est la preuve même qu'on peut expérimenter sans être chiant une seconde. Le groupe enchaîne morceau sur morceau, entrecoupés par les effets vrombissants et larsenifiants que nous produit le claviériste, avec une sincérité pas possible comme peut nous le prouver les One Zero Zero One et Motorcycle Broer et leurs parties où l'orgue s'associe à merveille aux autres instruments en nous prenant aux tripes.

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Accompagné par ce fabuleux concept vidéo vintage qui éclairait la grosse caisse et le fond de scène. Il mêle des visions hypnotiques circulaires parfois empruntant au style de Gerald Scarfe sur The Wall, des plans accéléré de leur Lausanne natale embarqués en voiture, la pochette (made in Malleus) de leur dernier album et logiquement des séquences naturelles à base de macaques. La plus grosse surprise sera de voir la scène du passage vers l'infini dans 2001:L'Odyssée de L'espace de Kubrick, un des meilleurs crus psychédéliques. Le set d'une heure et demie en comptant un joli rappel demandé par un petit public qui en veut toujours plus, et qui l'emmènera loin. Bien qu'il emprunte aussi à 39 Laps (Driver, Xub) et à leur premier (Electric Mistress, 35007), le set n'en restera pas moins axé en particulier sur leur super Beyond the Black Sky qui tient une belle couche dans le top disques 2011. En jouant des morceaux comme Camhell, Trough the Desert (et ses samples de growl venus des abymes) et clôturé par Black Maiden. Performance entièrement instrumentale, sans communications (pas de micro !) et ininterrompue par des reprises qui nous auraient bien fait plaisir (comme celle d'Ennio Morricone pour Once Upon a Time in the West, passons). Mais de quoi se plaindre franchement ? Après de grands remerciements Les Suisses nous ont fait passer une soirée immensément psychédélique dont on ne redescend pas. Aucun mot pour décrire un tel voyage que j'espère refaire plusieurs fois en Eté, comme prévu !

Un gros merci dans toutes les langues de la terre du milieu à Blue Wave Prod qui nous prépare de nombreuses soirées comme celle-ci. Je vous invite à consulter leurs dates ainsi que le boulot de Hades Design, quand le batteur d'Abysse fait des flyers aussi cools que sa personne. (comme celui que vous pouvez admirer ci dessus !)



Mardi 27 décembre 2011 à 0:32

http://10000visions.cowblog.fr/images/Pochettes/YOBcatharsis.jpgYOB - Catharsis (2003)
Par Brieuc
Il ne faudrait pas plus d'un an à YOB après un premier disque fascinant Elaborations of Carbon (2002), pour que le groupe poursuive sa lancée d'expérimentation Stoner/Doom puissant teintée d'un progressif mystique. Déjà initiés précédemment (et ce, depuis leur démo éponyme de 2000) sur des prouesses de plus de 15 minutes comme Asleep in Samsara ou Revolution, les fans de YOB comprendront définitivement sur ce disque que les types d'Oregon ne font pas dans le simple et qu'il faudra au moins attendre The Illusion of Motion pour tomber sur un morceau qui puisse durer moins de 7 minutes sur Doom 2#. C'est parce que là nous sommes à 3 pistes, mais la quantité ne compte pas chez YOB, seule la qualité donne le caractère planant de leur son unique.
 
Travis Foster joue en crescendo sur ses cymbales marquées par des coups de caisse claire pour nous troubler, mais aussi afin d'introduire Aeon. Près de deux minutes durant sur ce rythme, puis Mike Scheidt nous refait vibrer sur des notes et des accords qui résonnent dans la reverb et le delay et ainsi s'écoulent comme de l'eau dans une rivière, la basse de Isamu Sato se joigne et le tout devient affreusement pesant. La lourdeur de YOB n'a jamais été aussi explicite, surtout quand Mike décide d'appuyer sur sa pédale pour activer la distorsion le temps de quatres mesures pour exploser et de reprendre le son d'origine. Les paroles sont ensuite dites, dans des superpositions entre un growl intermittent, des susurrations inquiétantes et cette voix ultra-modifiée omniprésente qui pourrait s'assimiler à Geddy Lee du groupe Rush. Ensuite le groupe oscille entre ces couplets s'envolant dans des progressions psychédéliques, des instrumentaux doom en disto et des passages d'une grande sagesse (laissant la guitare débuter ses solos sur le rythme de Travis qui ne reste pas moins nuancé, notamment à la dixième minute). Vers la quinzième minute, Mike comprend que c'est à lui de mener le morceau et démarre un excellent solo qui progressera vers un déchaînement total et dans une répétition hypnotique, il conclura le morceau sur le chant.
 
Tandis qu'Ether est tout d'un coup d'une puissance rentre dedans, jamais un morceau de YOB ne sera aussi radical. A peine un slide, pas besoin de plus pour démarrer ce pur Stoner Metal de sept minutes conçu et sonnant façon Gardenia de Kyuss où les accords se répètent, se renversent, s'enchaînent et la batterie remplit les espaces entre les accords. La voix rejoint le morceau et prend plus que jamais son message écologique, le refrain « Never Will I See the Sun Again? » répété maintes fois pour accentuer la critique et l'avertissement que donne le groupe pour un combat contre la pollution de la couche d'Ozone et donc du réchauffement climatique (snow = banquise on imagine) et tout ce qui s'y associe. Il suffit d'ailleurs de voir la pochette de Catharsis, pour y voir l'opposition entre les grandes cheminées (qui provoquent une référence évidente à Animals de Pink Floyd) et les populations bouddhistes qu'elles enfument, l'enjeu se trouvant à gauche dans des couleurs spatiales et de cette plage, formant ainsi un raccourci qu'on comprend vite. Vers la troisième minute, on enchaîne sur un passage bien posé, Mike fait avec sa wawa ce qu'il a a faire pendant que Travis travaille son rythme, puis on reprend un riff tueur avant de démarrer le pur solo. Les schémas se séparent, s'opposent et se rejoignent, la construction de ce titre est comme une équation et ne s'arrête jamais. Sûrement l'un des morceaux qui comporte le plus d'écoutes à mon compteur de lectures, toujours aussi envoûtant et qui te fait rentrer en Trans. Comme quoi YOB n'est pas forcé d'improviser 10 minutes avant de passer à l'essentiel, cet interlude, dont le final est juste jouissif, en est la preuve.
 
M'enfin on dit pas non aux morceaux qui durent trois plombes non plus ! Non pour blâmer, cette remarque s'adresse plutôt aux lapins détracteurs de YOB qui prendraient pour argument qu'ils en font des caisses. C'est même ce qui fait initialement le charme de YOB. Du coup Catharsis prend la relève avec près de 24 minutes qui termineront l'album. Ce n'est pas Echoes pour autant, mais rarement un morceau ne m'a autant déconnecté de la réalité à son écoute. La Catharsis est donc selon Aristote, la libération des réactions et des passions des spectateurs lorsqu'ils assistaient à ses tragédies
 
« Nous voyons ces mêmes personnes, quand elles ont eu recours aux mélodies qui transportent l'âme hors d'elle-même, remises d'aplomb comme si elles avaient pris un remède et une purgation. C'est à ce même traitement dès lors que doivent être nécessairement soumis à la fois ceux qui sont enclins à la pitié et ceux qui sont enclins à la terreur, et tous les autres qui, d'une façon générale, sont sous l'empire d'une émotion quelconque pour autant qu'il y a en chacun d'eux tendance à de telles émotions, et pour tous il se produit une certaine purgation et un allégement accompagné de plaisir. Or, c'est de la même façon aussi que les mélodies purgatrices procurent à l'homme une joie inoffensive. » dixit Aristote.
 
Catharsis annonce donc un futur prophétique, on devine cette tragédie comme l'avenir environnemental qui nous est réservé. Et c'est ce son imprégnant devient de plus en plus intense, les paroles avancent dans l'ombre et l'inquiétude. On accélère vers la 15e minute, on ralentit et on growl encore plus vers la 18e et c'est à partir de 19:30 que l'apocalypse dans un seul riff est annoncé dans un seul riff. Cast the Darkness to the wolves // Rise Upon the violet throne sont gueulés entre des prédictions dans un maelstrom musical, ça en devient à la fois désespérant et émouvant. La dernière minute est juste monstrueuse, un chaos psychédélique qui s'arrête net sans prévenir. Le genre de pièces qu'il faut vivre. Même si parfois poussifs, YOB est un trio (instable) véritablement sincère et qui cultive un sens incroyable de l'appréhension du son et une approche spirituelle de la musique. Et c'est pour ça que Catharsis, tout comme leurs autres opus, sont des disques à gagner en écoute.

YOB - Ether [7:16]

YOB - Catharsis [23:39]

 
 
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Voilà ce qu'auront les gens qui iront à l'afterburner du Roadburn 2012..                            ...et ça aussi

Samedi 19 novembre 2011 à 14:49

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Par Brieuc (et César, Guillaume)
La soirée débute en beauté avec Thousand Codes, petit quatuor local d'un an qui se spécialise dans le Stoner. Pour la petite anecdote, cela faisait près d'un mois que je découvrais leur EP A Womb For Horus datant de Mai 2011, et qui comporte 4 titres vraiment sympas à écouter. Et quand on est arrivé dans le ferrailleur, un surveillant de notre ancien collège nous voit se pointer et nous a appris qu'en fait, deux surveillants qu'on a bien connu et avec qui on discutait Zic dans nos années collègienes (Brice au chant et Benoît à la basse) officient dans un groupe que j'adore. Bonne surprise donc, de les revoir aux côtés d'une légende du stoner... d'autant plus que ça défonce sévère, ils enchaînent les titres que je connaissais déjà, Miss Piggy qui ouvre le truc, Horus (deux riffs respectifs géniaux), You know you're wrong (malgré sa ligne un peu ennuyante et un morceau), Phoenix Breath et sa partie donnant la caractéristique « Post-Rock » au style (puisqu'ils se proclament groupe de Proto-Stoner).. Brice a une voix tout en puissance qui n'a pas encore trouvé son timbre exact (il lui arrive de mélanger voix rocailleuse, growl léger ou clair) et se la joue Phil Anselmo (d'autant plus qu'il aborait un t-shirt de Down pour le détail), sans oublier ses potes Tis et VinZ qui exécutent bien leurs parties. Un ou deux pains, quelques réfléxions un peu limite mais sinon y a pas à discuter, leur prestation était vraiment très bonne et cela fait plaisir de voir des français tailler dans ce style alors qu'on sait la scène Stoner/Doom française longtemps absente. Et le meilleur dans tout ça, c'est de pouvoir entendre le son qu'on aime joué par des types qui nous surveillaient durant les heures de permanences.. Très cool, à surveiller et à revoir très vite !

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Dure tâche donnée à Kubota, autre groupe Nantais, pour succèder à la première partie ! Nous avons eu du mal à accrocher, le style est perdu sur un début Drone un peu foiré, des essais Punk américain mais des bons riffs stoner qu'on voit par-ci par-là. Les trois types se donnent quand même, un peu timides mais concepteurs de bons passages il faut le dire ! Au final cette prestation a des hauts et des bas, et on en est franchement pas très convaincus...
 
Le retard synonyme du ferrailleur fait démarrer the legend à plus de 23h, postés au 1er rang, on est prêt à prendre notre grosse claque. Derrière le rideau, on aperçoit Rich Mullins (Basse), William Mecum (Guitare) et Rob Oswald (Batterie) qui installent leur matos, et enfin le set commence. A leur pied est calé un long papier avec tout plein de nombres, car pour ceux qui ne savent pas : Karma to Burn est un trio qui se spécialise dans l'instrumental en sonnant comme mille, et lorsqu'ils mettent juste des chiffres il n'y a pas de chant. Pour ne pas trahir la tradition, on enchaîne les dizaines de riffs robotiques, planants, roboratifs, hypnotiques aux sonorités légèrement sudistes et avec un groove légendaire qui est la marque de fabrique de ces pionniers du Stoner (parce que là ce n'est même plus du Stoner/Doom, Stoner/Sludge non du stoner tout court). Ces américains ont la classe internationale, on dirait des fantômes péchés dans un désert près de la highway 66 et qu'on fait jouer sur scène. Entre le génial Rich Mullins (frontman de Year Long Disaster) à 20 cm de moi, qui fait sonner sa basse dans une position bien à lui vêtu de sa casquette de motard, son marcel noir et sa boucle de ceinture en serpent et puis William Mecum caché dans sa barbe et ses riffs de tarés. Le batteur quant à lui (qui ressemble au vieux qui erre dans son trou et qui veut pas qu'on touche à ses plantes dans La Vie de Brian des Monthy Python) est en caleçon, tape comme une brute sur trois crash, fait sonner sa charley comme une double pédale avec sa grosse caisse et avec la seule puissance de sa main droite, fait des nuances monstrueuses sur sa ride. Le style de Karma To Burn est donc indescritible, ils sont uniques ! Il s'amusent un peu avec le public, Rich tente de faire deviner à un moment à un type dans le public le numéro de la chanson en lui disant de descendre ou de monter, et puis ils sourient et répondent aux interpellations du public malgré leur absence de communication et de paroles.

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Pas ennuyant un instant, on est bouche bée devant la technique (parce que disons le clairement, Karma To Burn est sûrement le groupe le plus talentueux niveau qualité instrumentale). On remarquera dans la setlist bien dense compliquée à cerner, un excellent 8 tiré du rare éponyme de 1997 ainsi que 1, 15 (sans John Garcia en guest malheureusement), 5, 1 ou encore 13 qu'ils piochent dans Wild, Wonderful Purgatory (1999) ou le meilleur album de leur carrière Almost Heathen (2001) qui a splitté le groupe pendant sept ans avant qu'on les revoit avec deux albums sur lesquels ils font varier les plaisirs durant le concert, Appalachian Incantation (2010) et V (2011) sorti très récemment. A noter ce rappel fabuleux qu'ils font avec grande sobriété et classe, comme un groupe amateur qui veut juste donner du bon son au public. Ils nous font patienter en jouant le début de Cocaïne de J.J Cale puis nous servent sur un plateau d'argent les classiques 34 (qu'on attendait tant) et 20 en final, saupoudrées de 36 (où Rob fait sonner sa cloche) et de 30. Karma To Burn quitte la scène, Rich nous sert la main et nous on en veut encore ! C'est tout bonnement incompréhensible que les labels les ait emmerdés avec cette histoire d'absence de chant. Bref on s'est crus perdus dans un désert, 1h 30 durant dans une salle intimiste avec vraiment pas des masses de mondes, comme ils savent chauffer. Juste monstreux, on veut les revoir, et un nouvel album aussi !

(faite de mémoire, dans le désordre et incomplète)http://10000visions.cowblog.fr/images/Lives/3773772615169238955341808738386265106777301571737260n.jpg
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photo : metal addiction

Vendredi 11 novembre 2011 à 2:03

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Buzzov.En - To A Frown (1993)
Par Brieuc
Que ce soit Weedeater, Bongzilla ou Buzzov-en (dans lequel il participe depuis une douzaine d'années) : se délecter de l'intégralité d'un disque dans lequel officie Dave Collins allias Dixie (pour mettre quelqu'un en commun) est toujours une expérience stoner/sludge vomitive qui défonce tout. On connaît le bonhomme (au visage qui terroriserait n'importe quel enfant) boulimique de Weed, anti-nationaliste (même si il aime bien jouer avec son arme préférée, comme le témoigne la disparition de son gros orteil en Janvier 2010) et surtout qui s'en fout pas mal si vous allez aimer le disque. On étire le nihilisme jusqu'au maximum. Mais là où Bongzilla et Weedeater traitent de la légalisation et comment être déchiré comme un cochon malade, Buzzov-en a sa part « réfléchie » (mais bon, le contenu musical est toujours aussi « savoureux », selon les goûts)

A l'époque où Dixie n'était pas encore acteur du projet, le power-trio de Buzzov-En se composait d'Igor à son poste, Ash Williamson derrière les fûts et le fameux Kirk Fisher chanteur/guitariste survivant de cette nausée musicale. To A Frown, premier studio, qui réussit à être produit malgré la réputation du groupe, mais qui suit un foetus/EP qui annonçait la couleur sous le nom de Wound. Tout aussi bon que les excellents Score (1994) ou surtout ...At A Loss (1998) qui verra l'arrivée de Dixie, mais là ça date de 1993, mine de rien ! Maintenant disparu des ventes, réédité sous le nom de la compile Welcome To Violence. Sous les traits d'une pochette (conçue par Harvey Stafford) dans laquelle on peut reconnaître « Un artiste du jeûne » de Franz Kafka qui illustre parfaitement le propos, s'immisce une folie pas possible venant de ces gars. « Ladies & gentlemans, welcome to violence ! »  introduit le disque avant de lancer la machine. Parce que Buzzov-en a l'habitude attirante, à l'instar d'Electric Wizard, d'entrecouper leurs pistes avec des extraits de films violents et les étirer sur le démarrage de l'instru avant que le dialogue ciné laisse la place à la voix de Kirk après quelques notes de basse.. On peut notamment remarquer la réplique de Baleine avant de tuer son capitaine dans ce classique qu'est Full Metal Jacket de Kubrick sur Drained, histoire d'installer l'ambiance bien froide et claquante qui s'était déjà posée dans ces toilettes et maintenant dans ce morceau à la lenteur et au malsain proche du doom. La basse mène le truc sur To A Frown, on sent déjà la capacité du trio à s'attacher à une espèce d'univers de folie mentale, un espèce de monologue à la 1ère personne étendu sur 10 titres frappant en plein coeur.

Parce que le son qu'ils ont conçu avec
Billy Anderson est dégueulasse, pas crasseux mais un isolement qui dérange chez chaque instrument avec la guitare qui vient gratter la moisissure sur les notes rondes de groove basse. On y pense un peu moins lorsque le groupe accélère le tempo sur leur must Forget It, la géniale Frayed qui sonne comme une cavalerie d'un film de John Ford, ou dès Shove avec Pat Grimple au back-vocals. Idem : Le format télévisé revient lors de Splinter in my Eye qui nous laisse souffler à peine dix secondes vers la fin. J'ai cru un instant que ces mecs étaient crevés de jouer les schizophrènes et de chercher tous les riffs et crachats possibles pour faire un bon sludge, et veulent juste nous faire péter un dernier câble sur Wound. Pourtant ils perfusent, l'expérimentation et le jam semblent être poussés encore plus loin au fil du disque, jusqu'au point culminant que j'ai nommé Weeding (le jeu de mot qui traduira déjà leur passion..) qui dure concrètement 8 minutes. Parallèlement la folie finit son envol par un vétéran sur Toe Fry qui envoie du paté (vomi épique de Kirk à 2:00), et une sorte de jugement de cour d'assise s'en suit Aching Improv 9#.

Procès de mes voisins pour tapage nocturne ? Fort possible parce que ça fait un bout de temps que le disque tourne pour trouver des mots pour qualifier une oeuvre de rare violence. Une haine qui ne vient pas forcément de la musique, mais de la mentalité, pire que des paroles de Kickback. Impossible de ne pas saturer, c'est pour ça qu'il y a des moments où on est pas d'humeur à écouter un Buzzov.en ! Mais j'adore ces phrases tirées de films cultes ou oubliés, cette envie de faire simplement de la musique avec pour seul objectif de tout défoncer et mieux que tout ce genre d'ambiance qu'arrive à créer ces disques là.

Buzzov.En - To A Frown [3:28]

Buzzov.En - Drained [5:22]

Buzzov.En - Toe Fry [2:39]
 
http://10000visions.cowblog.fr/images/Autre/buzzoven-copie-1.jpg


Dimanche 23 octobre 2011 à 0:54

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Goatsnake - Flower of Disease (2000)
Par Brieuc
Du stoner aux accents groove/blues allié à un doom metal loin d'être ennuyeux et une approche vocale étonnante. C'est les principales caractéristiques de Goatsnake, un des groupes les plus ultimes à mes yeux du genre qui voit actuellement Greg Anderson à la guitare (Sunn O))) euh parenthèse ou pas pour compléter du coup? On va dire ouais, mais ça en fait 5 dans une seule phrase et c'est un peu beaucoup...) et a vu passer Scott Reeder (epic guy de Kyuss période deux derniers disques, The Obsessed) ou Joey Castillo de QOTSA. Pas besoin d'en faire des tonnes chez eux, un riff venus des Dieux, respectif à chaque chanson, vient se caler dans nos oreilles et refuse de partir tandis qu'un chauve vient nous bercer. Le batteur (Greg Rodgers, formant ainsi avec le bassiste G Stuart Dahlquist la section rythmique de The Obsessed) quant à lui, a trouvé bien vraisemblablement une rythmique bien basique.. Le résultat est là, on est subjugués et on en veut encore … sorti en 2000 (l'année d'apogée pour le groupe) chez Man's Ruin puis réédité chez Southern Lords Records notamment en vinyl.

Des méli-mélos de Flower of Disease qui ouvre chacun de leurs concerts, se brouillent dans nos tympans, il y a cet espèce de signal comme un chef d'orchestre qui arrête le bordel en fermant ses mains un peu comme pour dire « fermez là ! Il y a un riff punitif qui va venir vous mettre la pétée ! », et un petit silence suivi d'un putain de truc. Pas la peine de s'attarder là dessus, chaque morceau de Flower of Disease est comme une perle qu'on enfile sur un collier tellement ce disque est savoureux par sa richesse, et le moindre changement instrumental vient limite nous perturber parce qu'on est resté bloqué sur les répétitions foutrement planantes du schéma précédent... bref je ne sais même pas dire si il y en a une que j'écoute plus que l'autre. Et c'est ça depuis leurs tous débuts : que ce soit leur pemier volume(1999)ou Dog Days (2000) jusqu'à leur EP Trampled Under Hoof (2004) qui sont au moins aussi bien que ce disque. Même si les débuts sont un peu plus brutaux que celui-ci.
 
Le charme de Goatsnake doit sûrement résider en grande partie dans les tripes du chanteur qui, à l'instar de Hideki Fukasawa (Church of Misery) ou pour faire simple John Garcia (Kyuss Lives), occupe une fonction à part entière, c'est corps et âme qu'il anime pour nous offrir son talent lyrique grandement Sabbathiann. On le voit aussi s'adonner à la guimbarde (sur la rythmique sympathique de l'alcoolisée Easy Greasy), user de son harmonica sur une bonne partie du disque pour bien nous rappeler que le Blues est le grand père du Stoner Metal. (par exemple El Coyote, génial et lancinant, ou la sympathique Live To Die supra-entraînante) et parfois savoir jouer de sa grande capacité vocale en prenant un ton de prière sur Prayer For A Dying. Pas besoin de vociférer ni d'étouffer sa voix à l'écho, non, la voix de Peter Stahl (Scream, Wool) est pure et l'idée de cette touche harmonieuse est la source principale du son du groupe. C'est ce qui fait la force et le courage d'un tel groupe. Elle sert aussi à développer une ambiance passionnante, un espèce de sombre ironique qui vient teinter les instrumentaux irréprochables, du commencement paresseux à l'accélération entraînante. Parce que Stahl se met à l'encontre des musiciens, il en fait presque qu'à sa tête comme tout bon doom le veut. L'enchaînement The Dealer avec Truckload of Mamma's Muffins nous met tout simplement sur le cul par les guitares et la voix qui déconnent un peu. Pour en arriver au final impressionnant qu'est The River dont le tout début pourrait nous inspirer l'ouverture d'un disque de Sun puisque Greg Anderson doit sûrement utiliser le même matos donnant ce son pachydermique. Le point culminant de cette affaire, conclu par une voix féminine et un piano sur la dernière minute, allez savoir pourquoi...

Bien dosé, jamais excessif et pourtant bien répétitif, Goatsnake est pour moi l'un des groupes les plus fascinants et envoûtants dans cette stoned jungle alliant Stoner et Doom (sans pour autant donner une sonorité Electric Wizard). Unique en son genre, surtout pour un groupe qui n'a pas une discographie conséquente (à peu de choses près 2 disques, 4 EP et un Split : tous excellents) c'est le moins qu'on puisse dire. Mes frères, ce disque se mérite...

Goatsnake - Flower of Disease [6:39]

Goatsnake - Easy Greasy [5:14]

Goatsnake - A Truckload Of Mamma's Muffins [5:58]

 

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